Cours: Cours n°5 La conquête arabo-musulmane de l'Afrique du nord 649-715, 1ere partie

Publié le par Dio

Ce cours fait partie d'un grand ensemble, le cours n°'5 du programme du 1er semestre en Histoire des mondes extra européens et fait suite au  Cours: Carthage et les berbères  . Il est ici mis en ligne de façon rédigée et est commenté de sorte à ce que tous les lecteurs -non pas seulement élèves- puissent s'approprier le cours. On notera cependant qu'outre les commentaires et renvois, la prise de note se fait sentir et l'explication va au plus important. Une connaissance minimale du contexte est donc requise pour saisir l'ensemble des explications. Sachez pour finir qu'un cours, comme toutes autres sources en Histoire n'est pas à l'abris de coquilles, et peut être revu et corrigé à tous moments. Il doit donc faire l'objet d'une recherche comparative. Ne prenez jamais une unique source pour argent content!

Cours 5 La conquête arabo-musulmane de l'Afrique du nord 649-715


C
ette conquête semble avoir été foudroyante. La réalité historique est différente. L'intérieur des terres va mettre des décennies à être soumis, avec de nombreux retournements de situations, où jusqu'au bout, les arabes seront battus avant de s'imposer.



La conquête arabe se fait dans 4 directions. Cf carte p 60 de l'Atlas historique de l'Afrique des origines à nos jours.



I. les premières campagnes.


641-642, les arabes, sortis d'Arabie, prennent le Caire et Alexandrie. En 649, les byzantins subissent une très grave défaite dans l'actuelle Tunisie. Les arabes devront faire 8 campagnes pour soumettre la région.



a) La première phase, 642.

La prise de Barca (642) et de Tripoli (649)

Dès les premières années de la conquête, l'armée n'est déjà plus majoritairement arabe. Elle est musulmane mais en grande partie composée d'égyptiens convertis.

Il est nécessaire ici de clarifier les déviances sémantiques actuelles qui confondent les notions d' ''arabe'', de ''musulman'', d' ''islam'' ou d' ''islamisme''. Les arabes viennent d'Arabie, ils sont musulmans car ils pratiquent l'islam. En dehors de ces frontières d'Arabie, les populations ne sont évidemment plus arabes, mais peuvent se convertir à l'islam, et devenir musulmanes. Il est capital de comprendre dans ce cours que les actuels algériens ne sont généalogiquement pas des arabes, ce sont des berbères, islamisés à la suite de la conquête arabe. Ces berbères étaient préalablement romanisés et christianisés avant de subir l'invasion des Vandales et de la décatholisation. Le terme islamisme lui nait du début du XXe siècle et de la volonté de certains radicaux musulmans de revenir aux sources et d'appliquer le dogme tel qu'il est édicté dans les textes. On les apellera plus tard des ''islamistes''.

En 642 le littoral de l'actuelle Lybie est conquis, et en 648, il est décidé de pousser vers l'ouest, vers Carthage. Pour se faire, une armée est levée dans la région de Médine, uniquement composée de cavaliers, confiée à Abdala Ben Saal. Cette armée passe en Egypte, enrôle des fantassins égyptiens et marche vers l'ouest en longeant le littoral de l'actuelle Libye et tente de remonter vers le nord.
Face à elle, les forces byzantines: nombreuses, bien équipées, bien entraînées, commandées par le patrice Grégoire qui va commettre une grande erreur. Les byzantins disposent de villes absolument imprenables, les arabes ne disposant d'aucun moyen pour assiéger des cités.
Au lieu d'y rester retranché, le patrice va rassembler une partie de son armée et se porter en avant de la colonne arabe. Il se retranche. Les arabes vont alors tendre un piège élémentaire à Grégoire, lui envoyant leur infanterie égyptienne puis feignant la débandade. Les byzantins, s'élançant à la poursuite des fuyards, dispersés en une longue colonne poursuivante, ouvrent leurs portes aux cavaliers arabes, qui ont tôt fait d'anéantir les byzantin et leur chef.
Byzantins et arabes vont négocier le repli de l'armée arabe sur la Tripolitaine. Les byzantins vont très vite payer, permettant aux arabes de constater non seulement la faiblesse stratégique byzantine militairement parlant, mais également l'extrême richesse de la région.

Il n'y aura pas dans l'immédiat de seconde offensive, car pendant 17 ans, la successions au sein du monde musulman va donner lieu à une guerre civile très importante. Il faudra attendre 660 pour que la califat de Damas rétablisse l'unité arabe.

Les byzantins, eux, pendant ce temps, n'ont pas amélioré leurs armée, se sont divisés, et mis en froid avec les berbères, leurs proches voisins.

b) Deuxième phase 661-663 et 669-672

La première campagne avait été une campagne de reconnaissance. La seconde est une campagne de conquête, commandée par Muhawiya ben Hudayi. Les byzantins font débarquer des renforts, commandés par un général venu de Grèce qui commettra la même erreur que le patrice Grégoire en combattant en rase campagne. Les arabes ne vont cependant pas avoir les moyens suffisants pour avancer plus avant, trop loin de leur base. L'idée d'occupation permanente est décidée, ce sera le but de la troisième campagne en 669 et 672, confiée à Uqba ben Nafi composée de 10k cavaliers et de plusieurs milliers de fantassins. Ils bâtissent Kairouan, il y a donc volonté de conquête de la région par l'implantation d'une base sûr moins éloignée que l'Arabie. En 672, le Uqba ben Nafi est remplacé par Abû al-Muhajir qui lance la première véritable campagne de conquête.

Ce remplacement est expliqué par des intrigues politiques au sein du califat, et de la suspicion de celui-ci sur une éventuelle volonté indépendantiste de Uqba ben Nafi, fondateur de Kairouan.

Deux campagnes suivirent, celle de 673-681, menée donc par Abû al-Muhajir, qui fut un échec, et celle de 681-683, conduite par Uqba ben nafi, de retour et chargé par le calife de destituer et emprisonner son prédécesseur. Comble de la défaite, celui-ci fut jeté à la geole avec le chef des résistants berbères, lui-même fait prisonnier à ce moment, Qusayla.
Les arabes vont s'épuiser en vain et ne plus avancer. Ils vont donc essayer d'isoler les byzantins dans un pays hostile, en essayant de convertir les berbères ou en les faisant passer de leur côté. Ils s'enfoncent donc à l'intérieur du Maghreb, mais les berbères, faute de les rejoindre, s'opposent aux arabes d'est en ouest. Les conquérants vont devoir combattre les tribus les unes après les autres jusqu'à la frontière du Maroc, d'autant que pour la première fois, les berbères vont se rassembler sous la conduite d'un seul chef: Qusayla, jusqu'à ce qu'il tombe dans un piège et soit fait prisonnier. Cette première résistance berbère s'effiloche, mais l'armée arabe décide tout de même de refluer pour se refaire en hommes. Ce retrait est désapprouvé par le califat et l'armée renvoyée en campagne de 681 à 683.
Lors cette 4e campagne, les arabes vont avoir deux adversaires: les byzantins, et les berbères, qui jusque là en retrait, vont devenir les principaux acteurs du conflit.

Les arabes rassemblent leurs troupes à Kairouan et avancent vers l'ouest, désireux d'aller plus loin que pendant la campagne précédente. Pour la première fois, ils vont devoir faire face à une alliance berbère / byzantins, ces derniers s'alliant à leurs anciens adversaires et sortant de leurs forteresses pour aider les berbères.

Le patrice Julien reçoit l'ordre de défendre la ville de Ceuta, sur la quelle marchent les arabes. Julien, lucide, voit que les deux armées, loin de leurs bases vont s'épuiser. Il propose donc une négociation, où il donne la ville, en échange de quoi, Uqba le reconnaît dans ses fonctions de commandant de la cité. Tingi à quelques km résiste et est prise rapidement, sa population vendue au marché aux esclaves.
Les arabes après être descendu vers le sud, retournent en direction de Kairouan. L'armée, composée de cavaliers, manque de fourrages, elle est donc dispersée en petits groupes et deux grands ensembles.
Les berbères et leur chef, évadé de prison, vont en profiter et se porter au devant des arabes, eux-mêmes au courant du soulèvement, et vont contourner les rebelles, donnant lieu à une grande bataille où la quasi totalité des arabes sont tués, dont leur commandant, Uqba. Les berbères sont vainqueurs, partout ils se rallient à Qusayla, et prennent Kairouan d'où les arabes sont chassés. La ville va rester pendant 5 ans aux mains des berbères.
Le califat n'allait pas rester sur un tel échec et des offensives majeures vont être lancées pendant les années qui vont suivre.



II. La campagne de conquête et la résistance berbère



Les deux campagnes de 687-688 et 693-698

En 687 débute une nouvelle expédition arabe confiée à Zuhair ben Qays, s'illustrant par la victoire arabe de Mems où Qusayla fut tué et son armée disloquée. Les berbères ne tardent pas à reprendre l'avantage en se dirigeant vers Kairouan qui est prise en 688. Zuhair est tué pendant cette bataille, et son armée se voit contrainte de se replier vers l'Arabie.

En 688, les berbères sont en première ligne. Une bataille en rase campagne les opposent aux arabes. Le combat est rude, le chef des berbères est tué et l'armée se disloque et se replie vers l'ouest avant de contre-attaquer vers Kairouan. Les tribus se soulèvent dans tout le Maghreb, et les arabes ne peuvent plus faire place, et se replient, vers Kairouan, puis vers la Libye: 688, les arabes sont une nouvelle fois vaincus.
Une armée considérable pour l'époque est alors levée, forte de 40k hommes, confiée à Hasan ben Numa qui ne pourra se représenter devant le calife qu'à condition de revenir victorieux.
Le chef des arabes change totalement de technique, voyant que les berbères, excellents combattants, étaient aussi très désorganisés, se reposant dans les moments de débandades sur la solide infanterie byzantine, il va donc s'attaquer en priorité aux byzantins, reprenant Kairouan, puis attaquant Carthage, techniquement imprenable. Les arabes vont néanmoins prendre la ville, suite à une nouvelle erreur des byzantins, qui vont de nouveau se porter au devant des arabes, en rase campagne.
Les arabes vont se retourner contre les berbères, qui avancent vers Carthage, et les battre. Les berbères se ressaisissent, et les byzantins contre-attaquent et reprennent Carthage pour quelques mois seulement. Les arabes reprennent une nouvelle fois la ville et l'armée byzantine, affaiblie, ne résiste plus que dans quelques petites garnisons, incapables de porter secours aux berbères. L'essentiel des combat vont maintenant opposer les arabes aux berbères, qui vont subir défaite après défaite, les vaincus se ralliant aux conquérants arabes.
La résistance va se liguer entour d'une femme, la Kahina, et s'organiser en guérilla, incapable de lancer une attaque frontale. La commandante des berbères sera capturée et décapitée. La résistance berbère est soumise et la conquête de l'Afrique du nord se continue dans la foulée par la conquête de la péninsule ibérique.

Un point demeure totalement inconnu dans l'histoire de l'actuel Maroc: Comment ont-ils été intégrés? Ont-ils résisté? Absorbés?

Effectivement, on ne sait rien sur l'intégration de l'ancienne Mauretanie aux conquêtes arabes, cette région étant pourtant située entre les territoires berbères et la péninsule ibérique.

[suite à venir]

Je vous recommande pour faciliter la compréhension de ce cours de regarder ce numéro du Dessous des Cartes, intitulé Histoire et évolution de l'Islam

Cours Magistral donné à Lyon III par B. Lugan, pris en note, rédigé et commenté par K. Roche.
Référence: Atlas historique de l'Afrique des origines à nos jours, B. Lugan

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Un arabe Algérien 27/10/2015 10:01

Il est capital de comprendre dans ce cours que les actuels algériens ne sont généalogiquement pas des arabes, ce sont des berbères

Vraiment ! si cela vous rassure, j'ai bien rigolé !