Cours: Chapitre 4 Le Second Empire: entre autorité et démocratie 1852-1870, 1ère partie

Publié le par Dio

Histoire Contemporaine

Chapitre 4 Le Second Empire: entre autorité et démocratie 1852-1870



Les historiens ont pendant longtemps méprisé la période du second empire et la personnalité de Napoléon III, sans doute parce que la grande école historique française contemporaine va se développer sous la IIIe république, juste après la chute de l'empire. Ces historiens voient le 2nd empire comme le dernier obstacle qu'il y a eu en France contre les valeurs républicaines, et en ont donc une vision très critique. On dira donc que le 2nd empire étant une dictature, il n'y aura eu aucun débat pendant 18 ans, donc totalement inintéressante, et que l'empereur fut quelqu'un sans grande envergure.

La tendance se retourne depuis quelques décennies, avec la découverte de certaines tendances bonapartistes, et de la personnalité et de l'habileté de l'empereur. Se regain d'intérêt s'observe par la multiplication des biographies sur Napoléon III, notamment celui de Smith, chez Girard, et de Milza chez Pérrain.



1) Le régime et son personnel.

a) Les institutions: autorité et démocratie

Ces institutions ont été posées avant la proclamation de l'empire, ce sont celles qui ont été mises en place après le coup d'état, alors qu'on était encore sous la 2e république.
Il y a eu de très minimes modifications: sénatus-consulte de déc 1852 donne à l'Empereur le droit de conclure des traités de commerce qui ont force de loi.

Les institutions de l'empire sont marquées par l'autorité, la concentration des pouvoirs. L'empereur est chef du pouvoir exécutif et chef de gouvernement. Les ministres sont considérés comme de simples commis nommés et révoqués par l'empereur. Ce sont de simples exécutants, des ''rouages''. Il n'y a pas de notion de gouvernement liée à une politique particulière liée aux ministres. L'empereur a également une partie du pouvoir législatif: il propose et promulgue les lois. Comme pour les ministres, Napoléon considère que les assemblées sont des instruments à son service. Tous les députés élus doivent prêter serment à l'empereur.
La justice est rendue au nom de l'empereur. Son pouvoir est censé tirer ses racines des masses populaires par le biais notamment du plébiscite. Une des bases de l'idéologie impériale est de dire que les parties politiques apportent la division, mais que l'empereur lui est légitime car la grande majorité des français eux, l'ont appuyé lors des plébiscites de 1851 et 1852. On se retrouve donc à la fois avec une tradition dynastique, et la participation du peuple. Cela peut poser problème en cas de mauvais résultat à un plébiscite, ça peut fragiliser la dynastie. Le régime fait donc beaucoup référence aux plébiscites de 51 et 52, mais on se gardera bien d'en organiser d'autres jusqu'en 1870.
Dans ces conditions, l'exercice de la démocratie est limité, mais pas nul, car il reste régulièrement des élections au corps législatif, puisqu'il était prévu que les députés soient élus au suffrage universel. Il y a donc, tous les 6 ans, consultation du corps électoral. Sans plébiscite, ces élections prennent donc une grande importance, puisqu'elles traduisent l'opinion du peuple selon l'orientation des députés. Le régime va alors faire pression sur les électeurs pour être à peu près sûr des résultats. On parlera du ''système des candidatures officielles'' (terme de l'époque). Les candidats bonapartistes par exemples, vont être aidés: on leur trouvera des salles, ils obtiendront des aides à l'affichage, auront le droit d'afficher sur papier blanc, etc. Les autres eux, devront se débrouiller. Cela est assez banal, à ceci prêt que ce système est tout à fait officiel est déclaré, rien est caché.




b) L'Empereur et son entourage.

Lorsqu'il devient empereur en 1852, il a 44 ans, pas très âgé, et restera 18 ans au pouvoir. Dans les années 1860 il aura des problèmes de santé qui l'affaibliront.

Il s'est marié peu après être proclamé empereur, en 1853, avec la princesse Eugénie, qui deviendra impératrice. Il a manifestement beaucoup de liaisons extra conjugales, mais comme pour son oncle, elles ne jouent pas un grand rôle dans sa vie politique, car il est aussi assez secret, renfermé sur lui-même. Longtemps les historiens et ses contemporains l'ont jugé de façons très négative: pas très cultivé et inconstant. Il y a comme chez son oncle, propre au bonapartisme, un part d'autorité, dictatoriale, et l'attachement aux masses et aux principes de 1789, notamment, au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Pour ce qui est de son entourage, une des difficultés que rencontre Napoléon III, c'est qu'il n'existe par de parti bonapartiste organisé, dans le quel il puisse prendre des gens pour leur donner des postes. Il doit donc rallier des hommes politiques qui avaient servi d'autres régimes. C'est surtout dans le courant orléaniste que ces ralliements vont s'opérer sans parvenir à rallier des personnages de haute notoriété, mais plutôt des personnes en début de carrière qui vont profiter de l'empire pour se lancer. Napoléon III est donc assez seul, puisque dans son gouvernement, il n'y a finalement que lui qui soit un bonapartiste totalement convaincu.

2) Le temps de l'autorité (années 1850)


Ces années sont considérées comme les plus autoritaires.

a) Le pays est tenu en mains

L'assemblée élue en 1852 compte un seul opposant déclaré (sur environ 300 députés): Montalambert, un catholique libéral.

Dans les départements, les préfets, les juges, la police, appliquent avec zèle les lois qui limitent la liberté. Dans le département du nord, un commissaire de police va poursuivre un industriel au motif qu'il ait fait peindre la porte de son industrie au rouge... Déjà à l'époque, synonyme de gauchisme.
Cela illustre le degré de surveillance.
L'un des domaines où le contrôle de régime s'illustre également concerne la presse. Un système est mis en place dès le coup d'état, à l'image de celui de Villèle, un système d'avertissements. Véritable permis à points, lorsqu'un journal déplait au régime, il reçoit des avertissements, à l'issue des quels, le journal est purement et simplement fermé. Une autocensure se met donc naturellement en place. Si cela ne suffit pas, les préfets créent dans les départements des journaux bonapartistes.
Jusque dans la littérature populaire, celle des colporteurs, le régime à glissé des éléments favorables au gouvernement.

On peut observer que le régime s'appuie aussi sur l'Église catholique, de manière à ce qu'en échange, elle dise du bien de lui. On parle sous l'empire de l'alliance du sabre et du goupillon. Le régime va alors faire la chasse aux gens qui ne vont pas à la messe, faire construire des églises, organiser des séminaires, en échange de quoi, les sermons diront du bien de l'empereur.
La presse catholique va alors faire l'éloge du régime, à l'image du journal l'Univers, à la main des Intransigeants.
A travers cette alliance, on aperçoit l'anticléricalisme à venir des républicains.

Cette propagande est facilitée par une conjoncture économique très favorable. L'industrialisation est bien engagée, bourse en ascension ...
Les oppositions dans les années 1850 sont affaiblies. Les légitimistes ont tendance à s'enfermer dans l'abstention. Les orléanistes eux, sont affaiblis par les ralliements. Les républicains eux sont exilés et muselés.


b) Persistance d'un débat

Malgré l'autoritarisme, un débat persiste au sein même du bonapartisme. Les bonapartistes ne sont pas tous d'accord entre eux. Ce n'est pas étonnant, car depuis le coup d'état, on trouve dans le camp de Napoléon III des éléments assez divers: des gens extrêmement conservateurs, comme le catholique Veuillot, des bourgeois libéraux, etc. Le régime, soutenu par l'Univers, ultra catholique, se refuse pour autant de supprimer le journal Le Siècle, extrêmement lu, anticléricale, et d'origine républicaine. On observe donc des personnalités et des journaux radicalement opposés soutenant tous Napoléon III. On comprend dès lors que le régime puisse plutôt pencher à droite ou plutôt pencher à gauche. Ce changement d'orientation se manifeste essentiellement en matière de politique étrangère.
On peut citer deux grands moments à ce sujet:


-La guerre de Crimée: la Russie, attaquant la Turquie, notamment pour obtenir un débouché pour sa flotte en méditerranée, en 1854, Napoléon III s'allie avec l'Angleterre et un corps expéditionnaire français est envoyé en Crimée pour lutter contre les russes. Les opérations sont plutôt favorables aux français, notamment lors du siège de Sébastopol. Cette intervention française marque une orientation à gauche du régime, la France s'allie avec une puissance libérale, l'Angleterre, au nom du droit des peuples à disposer d'eux mêmes contre un empire autoritaire. Cette intervention se fait pour aider des musulmans contre des orthodoxes, marquant une rupture contre le conservatisme catholique, ce qui aliènera le soutien de l'Univers de de Veuillot au régime.

-La politique italienne: en janvier 1858, Orsini, tente d'assassiner Napoléon III pour attirer l'intention sur les problèmes italiens. La bombe explose, mais le couple impérial en sort sauf. Cet attentat semble d'abord profiter au bonapartisme de droite, mais très vite, les mesures engendrées sont abandonnées, et Napoléon III se sert de cette affaire pour intervenir en Italie. Lors de son procès, Orsini lit une lettre dans la quelle il conjure Napoléon III d'aider les nationalistes italiens. A partir de là, l'empereur, en juillet 1858 s'entend avec le royaume du Piémont pour aider ce derniers à réaliser l'unité, contre l'Autriche notamment. A nouveau, un corps expéditionnaire français est envoyé. Les victoires profitent encore aux français, mais de façon encore plus hasardeuse qu'en Crimée, notamment à Solférino en 1859, ce qui entrainera Napoléon III à signer la paix le plus rapidement possible. Comme pour la guerre de Crimée, Napoléon III intervient au nom des idéaux de 1789 contre un empire autoritaire qui est cette fois ci l'Autriche, et de nouveau cette intervention est très critiquée par les conservateurs, notamment les catholiques qui ont peur qu'on s'attaque au Pape. C'est certainement une autre raison poussant Napoléon III à signer au plus vite la paix avec l'Autriche, avant d'arriver aux portes de Rome. L'unité italienne va se réaliser par la suite, sans l'aide des français. Le Piémont fera don à la France de ses territoires francophones, les Savoies, qui après un plébiscite acceptent, en 1860. L'unité se fera contre les états du Pape, on parlera de dernière croisade pour les non italiens partant défendre le Vatican, qui dès lors ne reconnaîtra pas l'unité italienne jusqu'à Mussolini.


3) Vers une libéralisation

[Suite à venir]


Cours Magistral donné à Lyon III par P. Delisle, pris en note, rédigé et commenté par K. Roche.

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