Cours: Chapitre 7: La peinture de paysage entre néo classicisme et réalisme (1800-1870).

Publié le par Dio



Chapitre 7: La peinture de paysage entre néo classicisme et réalisme (1800-1870).


Deux grands modèles de paysage:

Le paysage historique des français Nicolas Poussin et Le Lorrain au XVIIe siècle.
Le paysage réaliste hollandais du XVIIe siècle.


La France accuse un certain retard dans la peinture de son propre paysage par rapport au reste de l'Europe. Cela s'explique peut être par la très grande diversité du paysage français qui peut difficilement se symboliser par un seul paysage.
La France est un pays centralisé et ce qui compte pour le roi est son image et l'histoire du pays, non du paysage.
Cela s'explique aussi par la conception académique du paysage en France. Dans la hiérarchie académique, le peinture de paysage est un genre secondaire, non un genre noble, qui vient après d'autres genres.

Un paysage historique: Nicolas Poussin, Orphée et Eurydice, 124x200, 1650, musée du Louvre



La peinture de paysage n'est tolérée que dans le cadre d'une scène historique.
On reconnaît dans ce paysage le château St-Ange à Rome, le paysage rappelle le paysage italien, ce qui est propre à Poussin.
Cette peinture de paysage domine jusqu'au XVIIe siècle.
Premier plan stable, dans l'ombre, auquel succède un plan éclairé, lumineux, qui donne un effet de profondeur.
On observe sur le côté des ''coulisses'' qui cadrent la composition et permettent d'aller en profondeur.

En tête de ces paysages classiques, il faut avoir en tête le jardin à la française, nature en lien avec la mythologie.

C'est au début du 19e siècle que s'illustre la volonté de peindre le paysage réel français, avec l'influence anglaise du parc à l'anglaise, opposé au jardin à la française. Cette découverte du paysage de la France est à mettre en parallèle des idées démocratiques qui l'emportent à ce moment là.

Les paysages historiques classiques de Poussins seront néanmoins un modèle, au même titre que les paysages de Hollande.

Paysage réaliste hollandais, Meindert Hobbema, L'Avenue de Middlehamis, 103.5x141, 1689, Londres, National Gallery.



Montre le plat du pays.
Ces représentations illustrent souvent la puissance du pays, fondée sur la mère.
Ce sont aussi des paysages pures, sans sujet historiques, inspirés par la réalité du pays.

Un paysage type du 19e: Constable, La charrette à foin, 130.2x185.4, 1821, Londres, National Gallery



Stendhal: '' Constable est vrai comme un miroir'', une peinture ''naturelle''

Bonington, Vue des côtes normandes, vers 1822, 46x38, Paris, Musée du Louvre




C'est le premier à s'intéresser au paysage Normand.




1) Le paysage historique néo classique de Pierre Henri de Valenciennes, le ''David du paysage''

Valenciennes, l'Ancienne Ville d'Agrigente, 1787, 1,10x1,64, musée du Louvre. Un paysage composé.




Valanciennes a assimilé la hiérarchie académique et admet la supériorité du genre d'histoire, mais souhaite donner un meilleur statut à la peinture de paysage.

Tableau de grand format, paysage historique, de montagne et d'architecture antique qui sert de cadre à la référence de la vertu d'hospitalité des habitants de la ville.

Une coulisse à nouveau donne l'impression de profondeur.

Il s'agit d'un paysage composé, donc fait sur de nombreuses études d'après nature. Ce n'est donc pas un paysage réel

Valenciennes est un expert de ces études sur nature.

Sens de la composition classique dans cette étude de:

Valenciennes, fabriques à la villa Farnèse , vers 1780, 26,5x37,5, musée du Louvre

 






Motifs du paysage romain dans un esprit très classique. On voit l'importance des orthogonales.

Valanciennes s'intéresse également aux lumières différentes, aux ombrages, aux couchés de soleils. Dans son traité de peinture de paysage publié en 1799, Valanciennes dit qu'il veut ''saisir la nature sur le fait''

Valenciennes, Toit à l'ombre, vers 1780, huile sur papier, 18x37cm, musée du Louvre.


Valenciennes, Toit au soleil, vers 1780, huile sur papier, 18x37cm, musée du Louvre.




Valenciennes est donc un précurseur de l'impressionnisme en terme de paysage. La pratique du plein air n'a de place chez Valenciennes qu'au moment de la préparation de l'artiste. Il est le seul paysagiste à l'académie française avant la Révolution. Il réussit en 1817 à faire créer un prix de Rome en paysage historique. Il doit penser comme beaucoup en 1800 qu'en France il n'y a aucun endroit intéressant à peindre. Effectivement, le seul paysage jugé digne d'être peint était le paysage romain, imbibé d'antiquité et illustré par Poussin.



2) Camille Corot (1796-1875) entre néo-classicisme, romantisme et réalisme

Pendant un séjour en Italie (1825-1828), Corot réalise 150 études dont Étude du Pont d'auguste à Narni, 1826, 34x48, Musée du Louvre



fidèle à son héritage néo classique, il va en Italie pour pense-t-il achever sa formation, et à l'exemple de Valenciennes réaliser des études sur le motif.

Cette peinture est imbibée de l'influence classique, avec les flancs des collines, en guise de coulisses, conduisent vers le pont, centré.

Ce petit format n'était pas présentable au salon.

Corot, Le Pont de Narni, salon de 1827, 69x94 cm, musée d'Ottawa.



Paysage composé, pastoral, avec des bergers.

On y observe un ''motif repoussoir'' qui sert par contraste à donner l'impression de profondeur dans la partie centrale du tableau.


Un paysage historique et composé: Corot, Agar dans le désert, 1835, 1m80x2m47, New York, Metropolitan Museum



Sujet de la Genèse (Abraham, Ismael, Sarah).

Paysage néo classique, importance des horizontales et des verticales
Premier plan dans l'ombre, impression de profondeur

Une étude sur nature: Corot, La Cathédrale de Chartres, 1830, 64x51, Musée du Louvre



''C'est comme une carte photographique''.

Montre le format de cette étude qui éclaire le fossé entre la peinture de plein air et la peinture de salon.

Les verticales de la cathédrale sont mises en parallèles aux deux arbres sur la bute de terre: réalisme de Corot qui met sur le même plan cette architecture religieuse et ces deux verticales des arbres. On retrouve l'équilibre formel cher à Corot.
Lumière très précise, la cathédrale est vue à midi dans la lumière crue de la mie journée.
Paysage néo classique par sa sérénité.
Montre comme Corot est étranger à la politique, qui peint ce tableau en pleine révolution de 1830.
Précurseur du réalisme et de l'impressionnisme par son attention à la lumière d'un moment.
Il n'expose pas cette toile au salon.

A partir de 1850, des souvenirs, des paysages de mémoire, lyriques, musicaux:

Corot, Souvenir de Mortefontaine, 1864, 65x89, Musée du Louvre



Vue d'un étang vaporeux au petit matin
Montre une grande nostalgie, un grand lyrisme, un motif très sentimental
Composition d'inspiration néo classique: premier plan stable horizontal auquel s'opposent les lignes courbes des arbres.
Corot s'illustre comme le peintre des gris argentés, et ici, une seule couleur se manifeste vraiment par les vêtement du personnage.
Fidèle à l'inspiration néo classique, la couleur est secondaire, ce qui compte, ce sont le déssin et les rapports entre blanc et noir.




3) Les paysagistes romantiques et l'Ecole de barbizon

a) Précurseurs

Cf intro, les peintre hollandais du 17e siècle.

b) Le paysage romantique

Paul huet '' le Delacroix du paysage''

Huet, Brisants à la pointe de Grandville, 1853, 95x115, musée du Louvre





Vue rapprochée des vague qui se heurtent aux rochers, montrant la mer comme un lieu d'épouvante, comme on l'avait vu dans le cadre du Radeau de la Méduse. Huet s'intéresse au mouvement de la mer, il peint son écume, son énergie.
Il n'y a pas ici de premier plan qui stabilise la composition, le spectateur est directement dans la vague: sentiment de crainte.
Empâtement pour l'écume blanche.



En France il n'y a pas de paysage romantique avant 1825, contrairement à l'Allemagne ou l'Angleterre. Les seuls exceptions sont les paysages de Géricault, avant 1825.

Huet connait Constable, et est le premier français à travailler sur nature sur les plages normandes. L'intérêt de Huet est contemporain des premiers vacanciers sur les côtes normandes, aux abords de Dieppe qui devient une ville de villégiature. C'est est le peintre des tempêtes

Huet, peintre romantique est également peintre des forêts, paysagiste du pittoresque.

Huet, château d'Auvergne, planche des Voyages pittoresques et romantiques dans l'Ancienne France, recueil de lithographie sur les sites historiques de la France

Le paysage peut donc également être lithographié, et paysage de monuments historiques.
Paysage pittoresque de la décennie 1820-1830 qui associe paysage et haut lieu de l'ancien régime.

Pittoresque dans le sens de paysages réalistes, accidentés, avec cependant chez Huet une vision très large, panoramique, montrant le château dramatisé par sa situation par le ciel qui est contrasté, un ciel d'orage avec le soleil qui perse. Il véhicule une certaine mélancolie.

Huet peintre romantique donc par son intérêt pour les paysage français présentant des hauts lieux de l'histoire du moyen âge.

Delacroix, La Mer de Dieppe, 1852, 35x51, Louvre



''une étude de mémoire''

Delacroix s'illustre également comme un peintre de paysage romantique. Il peint de mémoire car en romantique, il privilégie l'imagination. Pour lui, l'art demande un travail de la mémoire. Cela se manifeste notamment par ses peintures orientales, faites après son voyage en Algérie. Pour lui, le filtre de l'imagination est indispensable pour créer une oeuvre d'art. Il méprise donc le réalisme.

Cette peinture est réalisée en atelier, et non sur le motif, après que Delecroix ait longtemps contemplé la mer. Il raconte dans un journal avoir passé une demie heure à contempler la mer à Dieppe.
De sa contemplation et travail de mémoire est sortie cette étonnante étude d'un paysage de mer insistant sur l'infini et l'immensité de la mer (motif sublime), un espace sans limite. L'infini est une forme de sublime.
Comme chez Huet, il n'y a pas de premier plan qui stabilise le tout, on est confronté à la mer, qui est rendue par des touches qui l'ont rendu célèbre et annonçait la peinture impressionniste.
Ciel rouge doré qui contraste avec le bleu de la mer. Lumière tamisée qui descend vers la mer.




c) L'école de Barbizon

Terme apparu en 1890 dans un ouvrage anglais, et appliqué à un groupe de peintres, Théodore Rousseau, Narcisse Diaz, Daubigny, Millet.

Rousseau s'installe à Barbizon après avoir été refusé au salon de 1836, après lequel il ne pourra plus présenter de tableaux à la monarchie de juillet. Il ne sera reconnu que sous le 2nd empire. Refusé par le système académique, il s'installe à Barbizon.

Ces peintres s'intéressent essentiellement à la forêt, peignent des paysages pures (sans personnages), des paysages aux motifs restreints (forêts, sous bois, clairières, marres ...) souvent considérés comme secondaires. Les peintres de Barbizon peindront beaucoup de marais. Motifs restreints tirés de ce qu'ils ont sous les yeux. Ils ébauchaient en plein air et terminaient leurs œuvres en atelier pendant l'hiver pour la plus part. Paysages purs en partie sur le motif, en partie romantique. Ils véhiculent effectivement des sentiments, mais sont aussi réalistes, car présentent une vision réelle de la nature.

Théodore Rousseau, Sous les hêtres, le soir, 1843, 42x64, Musée de Toledo (Ohio)



Rousseau cherche à capter le secret ''de l'arbre qui bruit'' de la bruyère qui pousse''. Baudelaire sur Rousseau: '' un amour profond et sérieux de la nature''. Un paysage expression de l'âme

Rousseau n'a pas de succès sous la monarchie de Juillet, mais sous le second Empire. Ses œuvres seront achetés par les américains.

Rendu de la matière des arbres
Rousseau est quasiment un panthéiste par son amour de la nature sauvage, pure, d'un paysage dans le quel il met beaucoup de son âme (Baudelaire). Paysage souvent dramatique, Rousseau affectionne les couchés de soleil.

Rousseau, Route dans la forêt de Fontainebleau, effet d'orage, 1865, 30x51, musée du Louvre



effets contrastés d'ombre et de lumière
Côté paysage expression de l'âme, donc romantique, mais analyse réaliste de la nature

Sous le 2nd empire, en pleine civilisation industrielle, la bourgeoisie est très contente d'avoir dans son salon ce qu'elle n'a plus sous les yeux: une nature préservée.
C'est également le paysage de la France des origines, de la France gauloise, d'avant les défrichements de l'époque romaine. ''Sauvage'' est également un caractère romantique.

Diaz, Les Hauteurs du Jean de Paris, forêt de Fontainebleau, 1867, 84x106, musée d'Orsay



Amour de la nature qui fait que les peintres donnaient des noms aux arbres, ici Jean.
Les peintres de Barbizon lutteront contre la dévastation de la forêt de fontainebleau. Écologistes avant l'heure, il veulent préserver la nature sauvage.
Volonté de mise en scène, avec la lumière étrange, contrastée.
Importance dans l'empâtement, mise en avant de la facture du tableau: Diaz utilise des touches juxtaposées comme le feront les peintres impressionnistes. Sur le même procédé, Renoir peindra avec Diaz.

Daubigny, Un coin de Normandie, vers 1865, 26x45, musée du Louvre



Côté dramatique comme chez Diaz dans la peinture de paysage. Aspect très romantique.
Daubigny est d'autant plus objectif qu'il finit ses tableaux sur le motif. Comme il privilégie l'étude de l'eau, des rivières, il va jusqu'à aménager un bateau en atelier, qui lui permet de terminer ses tableau sur le motif, notamment le long de la seine et de l'oise. Par son objectivité, il annonce les impressionnistes.
Absence de réinterprétation, le peintre s'efface devant la nature, il n'impose pas eu spectateur ses émotions.
Il a une tablette de couleurs beaucoup plus claire que Diaz ou Théodore Rousseau.



d) Un paysagiste originaire de la Bresse entre romantisme et réalisme. Antoine Chaintreuil.


Chintreuil, Un pré, le soleil chasse le brouillard, 1864, 100x116, musée de Reims.



Peintre des figures hygrométriques. Une figure pastorale.

Tableau peint le matin sous le soleil dissipant les brumes matinales
Choix d'un moment précis
Chintreuil s'intéresse au rendu de l'humidité du pré, l'eau en suspension. Un critique: ''il peint l'impalpable''.
Une palette très claire, notamment au niveau des verts très variés au niveau de la prairie, qui annonce les impressionnistes.


4) Les paysagistes réalistes: Courbet et Millet

Millet, dans l'Angelus, ou les Glaneuses, représente des personnages peints à Barbizon. Alors que Diaz regarde du côté de la forêt, Millet, lui, regarde du côté des champs cultivés.


Les paysages de Millet ou de Courbet passent beaucoup mieux que leurs œuvres de la vie rurale, pour lesquels ils sont récompensés.

Millet, L'église de Gréville, 1874, 60x73, musée d'Orsay



Il véhicule des sentiments, et ses paysages véhiculent donc les sentiments de l'artiste.
Tableau peint pour un marchand (illustre la réussite de Millet)
Gréville: église de sa région natale, dans le Cotentin.
Il s'intéresse à un paysage de son enfance, motif de l'église, cher à Corot, et donc ici aussi à Millet.
Intérêt de Millet pour un monde rural primitif
Non peint sur le motif, le filtre du souvenir est donc important pour Millet.
Paysage nostalgique lui rappelant son enfance.
Église humble au volume ramassé qui cependant occupe le centre de la toile. Le cloché forme une verticale. Horizontale: muret du cimetière.
Côté nostalgique avec la tristesse des horizontales déclinantes. Palette plus claire utilisant des couleurs pures pour les verts, les bleu, et des touches de rouge sur le toit.


Courbet paysagiste; paysage d'Ornans, de la vallée de la Loue, et paysage de mer

Courbet, La Mer orageuse ou la Vague, 1m17x1m60, salon de 1870, musée d'Orsay



Courbet peindra d'abord sa région natale la franche comté, puis découvrira la méditerranée pour la quelle il aura un coup de coeur.

Bien que la mer devienne lieu de villégiature, Courbet peint une nature sauvage.
Le rouleau de la vague répond au rouleau des nuages. Composition simple, presque classique, avec trois horizontales: le sable, la mer, le ciel.
Côté sauvage du motif rendu par de forts empâtement de l'écume au couteau, et par une couleur

Courbet, La Falaise d'Etretat après l'orage, 1m33x1m62, salon de 1870, musée d'Orsay



Ce tableau résume les deux aspects des paysages de Courbet.
Lumière très claire: bleus quasiment purs
Clarté qui annonce l'impressionnisme



La peinture de paysage profite beaucoup aux paysagistes qui en vivent bien et sont reconnus grâce à elle, notamment Courbet, chez qui le paysage est révolutionnaire, avec ses représentations de mer, où le spectateur est confronté à la matérialité de la vague rendue par les empâtements.

Courbet parlait de paysages de mer, et non de paysages marins.


Cours magistral donné à Lyon III par monsieur De Vergnette, rédigé par K. Roche

Commenter cet article

Blandine 23/07/2013 22:32

C'est passionnant ! merci !conci et précis à la fois.
y a t il une suite de l'histoire du paysage, ie après 1870 ? ?!... je serai très interessée ! Merci ! Blandine.

lanedreams-is-rock-n-roll 18/12/2011 11:48

peut on considéré Corot comme un peintre romantique ,ou alors faut-il le considèrer comme un peintre réaliste transitoire ?

clemence 02/01/2010 21:53


merci d'avoir rédigé ce cours. Je suis actuellement en première année à Lyon 3 et j'ai M. De Vergnette comme professeur d'histoire de l'art moderne. Cela m'aide à compléter mes notes et permet de
revoir tous les tableaux (ou presque) qu'il a montré en cours.
Encore merci

une étudiante, Clémence