TD: La république de 1848, jugée en 1849, Daniel Stern

Publié le par Dio

Ce travail s'insère dans le Chapitre 3 La Deuxième République: 1848-1852, 1ere partie.  Il propose quelques pistes pour aborder un commentaire de document, ici un extrait de ''Histoire de la révolution de 1848'', de Daniel Stern.. La rédactions et les commentaires sont ici réduits à leur stricte minimum. Il s'agit non pas d'une source de recherche, mais d'un outil purement méthodologique et est rédigé comme tel. Il est à noter que parfois, les citations en sont pas commentés, du fait de leur clarté suffisante ou de leur lien avec l'explication de la situation suivante.



La république de 1848, jugée en 1849



"Dès les premières heures de la Révolution, pendant que durait encore l'accord apparent des classes dans la soumission ou l'adhésion à la République, on aurait pu entendre, si l'attention n'avait été troublée par la peur chez les uns, par l'enthousiasme chez les autres, deux cris distincts. A la bourgeoisie, qui criait bien haut : " Vive la République démocratique ", le prolétariat répondait par un cri, "Vive la République démocratique et sociale ".
Le premier de ces cris exprimait une idée très claire et comprise de tous. Que la république dût être démocratie, personne n'y contredisait. La monarchie de Louis-Philippe n'avait été qu'une démocratie inconséquente [...]. Faire justice de cette inconséquence en ôtant de l'institution politique le chef héréditaire; sortir enfin, après trois expériences concluantes, des subtilités de la royauté parlementaire; détruire [...] les derniers vestiges du privilège, ce n'était pas là une entreprise téméraire. La révolution, sur tous ces points, n'était pas en contradiction avec le sentiment du pays [...].
Quant à la révolution que le peuple appelait sociale, c'est à dire aux changements apportés dans les relations du capital au travail [...]; dans l'application de ce principe fondateur des constitutions démocratique [...]; la conscience publique était encore d'une part à l'état d'ignorance profonde, et d'autre part d'aspiration confuse. [...]. Les différents chefs d'école socialistes, hormis un seul, ne se faisaient sur ce point aucune illusion. Le peuple ne demandait pas au gouvernement d'opérer en sa faveur des miracles; il ne voulait d'un gage de bonne volonté, [...] reconnaître qu'il méritait un sort meilleur, chercher sincèrement les moyens de le lui procurer. Ce peuple fier, intelligent, porté à l'héroïsme [...]. Le peuple de 1848 ne ressemblait au peuple de 1792 que par le patriotisme et le courage. Ce n'était plus, comme dans cette première victoire de la démocratie, l'esclave [...] brisant ses chaînes dans un excès de frénésie et courant à des vengeances aveugles; c'était l'enfant oublié, déshérité, qui demande à rentrer dans la famille sociale, non pour y porter la discorde ou pour y vivre aux dépens de ses frères, mais pour y travailler avec eux à la prospérité commune. [...].
Si la république de 1848 n'a point été fondée sur ses véritables bases, [...] il faut en chercher la cause principale dans l'ignorance où les classes lettrées et riches sont demeurées à l'égard du peuple, et dans la fausse idée qu'elles ont conçue des exigences du prolétariat [...]. Elles ont confondu, pour ne point s'être assez approchées du peuple, l'esprit de secte avec le progrès même de la civilisation, le terrorisme avec le socialisme, le convulsions [...] d'un jacobinisme expirant avec les efforts légitimes du prolétariat pour entrer dans l'organisation sociale.


Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, [1ère édition en 1849]



Nature: Récit d'une histoire immédiate: vision instantanée. Extrait d'analyse politique sur la révolution de 48, en 49. type de récit qui cherche à prendre possession de l'actualité et parfois tente de plier l'actualité à une certaine vision idéologique, il peut parfois essayer de justifier les évènements. Ce type de récit est caractérisé par l'urgence à décrire l'événement, mise au service d'une lecture politique de l'événement.


Auteur: Daniel Stern, pseudonyme d'une aristocrate, la Comtesse Marie d'Agoult. Née à Francfort en 1805, décède en 1876. Elle va tenir à Paris un salon très fréquenté par les écrivains romantique. Femme cultivée, informée, non conformiste. Elle montre dans ses analyses une très grande indépendance d'esprit, et une grande sympathie pour les mouvements et sensibilités de son temps.

Contexte: Révolution, changement de régime, avènement de la république, bouleversements sociaux, apparition du socialisme.

Les partitions signalées en orange-gras indiquent les grandes idées du texte.

La révolution et ses tendances:

l.2 ''l'accord apparent des classes dans la soumission ou l'adhésion à la République''
> référence à l'illusion lyrique du 1848, présentée dans son ambiguïté, liée à l'idéal romantique.
Nuance par rapport à la province, où le caractère de ralliement est moins marqué. ''Les Républicains du lendemain'' se rallient aux ''républicains de la veille''.

l.3 ''deux cris distincts''
> distinction entre les deux groupes de républicains

l.4 ''la bourgeoisie'' + '' république démocratique''
> référence aux républicains conservateurs

l.5 ''le prolétariat'' + ''république démocratique et sociale''
> référence aux socialistes

>l'auteur met en avant la désunion de la révolution de Février 48

Le libéralisme, républicain modéré:

l.6 ''Le premier ...''
> Le cris des républicains modérés

l.7-8 ''monarchie'' + ''démocratie inconséquente''


l.8 '' Justice''

l.9 ''chef héréditaire''

l.9 ''sortir de trois ans d'expérience concluante''
> 3 expérience: la Restauration, la monarchie de Juillet, 100 jours/1791?
l.10 ''subtilités de la royauté parlementaire'' ''détruire les derniers vestiges du privilège''
> Rupture avec la monarchie, même parlementaire, avènement du suffrage universel. Nécessite de définir sans ambiguïté les fondements du pouvoir.

l.11-12 ''La révolution n'est pas en contradiction avec le sentiment du pays''


Le socialisme, prolétaire civilisé (cf dernier paragraphe):

l.13 ''peuple'' + ''révolution sociale'' ''changements dans les relations du capital au travail''
> Le cris des socialistes

l.15 ''conscience publique'' + ''ignorance profonde'' + ''aspiration confuse''
> Pesanteur des mentalités de l'époque.

l.16-17 '' différents chefs d'écoles socialistes'' (Fourier, Cabet, Proudhon, St Simon...) ''hormis un seul'' (Louis Blanc, socialiste au gouvernement provisoire, grand admirateur de 89, instigateur des ateliers nationaux, aspire à des réformes sociales profondes) ''aucune illusion''
> Age d'or des écoles socialistes, illustré par leurs chefs, mais montrant aussi déjà une certaine désunion.

Héritage et Rupture avec 92:

l.18-19 ''non des miracles'' + ''bonne volonté'' ''sort meilleur'' ''sincèrement''

l.20-21 ''le peuple de 1848'' + ''le peuple de 1792'' ''patriotisme''
> Lie les visions de 48 à 1789, vision commune avec Lamartine, qui discerne les épisodes légitimes et de Terreur de la Révolution

l.21- ... ''ce n'est plus ...''
> Rupture.

l.23- '' c'est ...''
> Idée de fraternité, très présente dans la révolution de 48, on parle d'illusion lyrique mais aussi illusion de fraternité. Analyse pré-marxiste de la lutte des classe, peut-être influencé par les origines germaniques de l'auteur.

l.26 ''n'a pas été fondée sur ses véritables bases''

l.27 ''ignorance où les classes lettrées ...''
> Référence à la peur des masses populaires



Proposition de plan:

I. Un regard de démocrate sur les systèmes politique
a. Critiques de la légitimé du régime de juillet
b. refus du système de la royauté

II. Une perception aiguë des rapport sociaux et des espoirs de 1848
a. une société sans classes
b. racines de cette analyse

III. Une lecture lucide des événements de 48
a. Événements de 48 et héritages de 89
b. Importance des revendications ouvrières


TD rédigé par K. Roche

Publié dans Histoire Contemporaine

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