Cours: Chapitre 4, l'Espagne et l'Europe au temps de Philippe II, Part 1 et 2

Publié le par Dio

Ce cours est déjà le 4e chapitre d'Histoire Moderne pour ce premier semestre de L1. Il est ici mis en ligne de façon rédigée et est commenté de sorte à ce que tous les lecteurs -non pas seulement élèves- puissent s'approprier le cours. On notera cependant qu'outre les commentaires et renvois, la prise de note se fait sentir et l'explication va au plus important. Une connaissance minimale du contexte est donc requise pour saisir l'ensemble des explications. Sachez pour finir qu'un cours, comme toutes autres sources en Histoire n'est pas à l'abris de coquilles, et peut être revu et corrigé à tous moments. Il doit donc faire l'objet d'une recherche comparative. Ne prenez jamais une unique source pour argent content!

Chapitre 4, l'Espagne et l'Europe au temps de Philippe II



Philippe II 1556-1598

Nous resteront autour des domaines espagnols européens qui couvrent une bonne part du continent.
L'Espagne à partir de 1559, est un territoire qui domine le continent européen, elle est en situation d'hégémonie par rapport aux autres états. Pour l'histoire du royaume d'Espagne, la période qui commence en 1556 s'appelle le Siècle d'or espagnol. C'est le cycle durant le quel l'Espagne connait une véritable prospérité à tous les niveaux et qui reste dans l'historiographie comme la référence de l'histoire de l'Espagne.
Trois modalités à ce siècle d'or:
L'Espagne domine diplomatiquement et militairement l'europe. La France, du fait des guerres de religions connait un repli, et aucune nation ne peut donner le change au royaume d'espagne.
L'empire colonial donne une dimension mondiale à l'Espagne. Qui dit empire, dit flotte puissante, comptoirs, péages ...
L'empire colonial de l'espagne confère au royaume une richesse colossale en métaux précieux.
Les causalités du siècle d'or en font aussi la période de grande production artistique en Espagne.

La problématique de ce cours se fera autours de la domination: comment un état en position d'hégémonie parvient à défendre, ou à perdre ce statut.



I. Le roi et son royaume

Portrait de Philippe II et de l'Espagne.

1) Le roi d'Espagne

- Philippe II (1527-1555-1598), roi à l'issue de l'abdication de son père Charles Quint.

C'est une personnalité complexe. Les historiens en ont un discours très nuancé. Pour certains, il est ''doué d'une intelligence très médiocre'', pour d'autres le considère comme ''un roi à la poigne de fer amoureux du secret et de la dissimulation''. Selon les livres, on peut avoir les deux visions.

Ce qui est sûr, c'est que c'est un roi discret, renfermé, qui va organiser son pouvoir en cercles de conseils, et va réussir à contrôler à peu près tous les domaines de l'administration royale sans avoir jamais à se montrer, à ''donner son corps à ses sujets''. L'Espagne à son temps s'organise autour d'une bureaucratie qui sert d'écran. Pour pallier à cette image de roi caché, Philippe II va se donner en spectacle par les arts, développer une iconographie très riche. Il parvient donc à se conserver tout en diffusant son image.
Philippe II est né, éduqué, et vit en Castille. C'est donc un espagnol au premier sens du terme, en rupture avec son père, de culture francophone, un avantage que n'avait pas son père. A l'inverse, ce sera un désavantage dans les territoires qui ne parlent pas castillans comme les Pays Bas espagnols.
C'est également quelqu'un qui est éduqué de façon très rigoureuse en matière de religion catholique, ce qui va façonner son image de dévot. Il va dès lors exacerber la dimension religieuse de son règne, et n'aura de cesse de partir en croisade, de combattre les hérétiques. L'objectif religieux sera toujours un objectif pour gouverner. C'est une personnalité distante, mais très marquée: castillane et catholique. Héritier des rois catholiques, il prendra très à cœur ce rôle.
Philippe II se marie en première noce avec Marie du Portugal en 1544. Celle-ci meurt l'année qui suit son mariage. Il avait alors 17 ans, c'est un mariage à seul fin diplomatique, mais qui donnera tout de même un héritier qui ne regnera pas car mourra en 1548. A 17 ans, Philippe II est donc père et veuf, et donc un parti européen très en vue.
Il va épouser en secondes noces Marie Tudor en 1558, reine d'Angleterre. Elle a une particularité: succède à Henri 8 et Édouard 6 qui ont fait basculer l'Angleterre vers l'anglicanisme qui a à l'époque la seule originalité de se séparer de l'église romaine. Elle a pour objectif de rétablir le catholicisme en Angleterre, et envisage donc un rapprochement avec l'espagne de Philippe II, fervent catholique. De plus, Philippe II est à ce moment en guerre contre la France, et cherche des alliés. Les deux trouvent donc un intérêt à ce mariage. Ce mariage n'aura aucune conséquence dans l'histoire de l'angleterre, Marie Tudor mourrant l'année du mariage.
En 1558, Philippe II est de nouveau veuf, et redevient un beau parti européen. Le mariage va redevenir un outil diplomatique.
Philippe II va se marier en 1559 avec la fille d'Henri II, pour sceller la paix du Cateau-Cambrési. Elisabeth deValois mourra en 1568 et donnera deux héritiers.
Philippe II est veuf pour la 3e fois à 41 ans. Il va se remarier deux ans plus tard en 1570, pour la 4e fois, où il va épouser Anne d'Autriche, qui est la fille de sa sœur et de son cousin...
Le but est de confirmer l'alliance traditionnelle entre Habsbourgs, et du mariage naitront 4 enfants malgré la consanguinité... Anne meurt en 1580.
On a donc 4 mariages qui représentent tous un intérêt diplomatique. De tous ces mariages, Philippe II aura 11 enfants, dont deux seuls survivront, du fait de la consaguinité.
A chaque fois, la volonté de sceller la paix avec la France, ou trouver des alliés contre la France revient.

-Le territoire

Comme Charles Quint, l'héritage de Philippe II se fait par étapes. Il est d'abord maître des territoires italiens, reçoit Milan en 1540, Naples et la Sicile en 1554, l'héritage Bourguignon en 1555, et enfin, il devient roi des différents royaumes d'Espagne en janvier 1556, deuxième étape de l'abdication de son père.
Philippe II conserve face à la France un avantage certains de prise en tenaille. On voit là la volonté de son père, souhait géo stratégique, de confier à un seul souverain des territoires aussi éloignés.
En 1580, à la mort du dernier souverain portugais, Philippe II va revendiquer ce territoire. A partir de 1582, la péninsule ibérique est réunie sous l'égide d'un seul prince.
La gestion du territoire de Philippe II est la même que celle de Charles Quint, il multiplie les titres et donc les administrations.
Philippe II, à l'opposé de son père, va sédentariser la couronne Espagnole, créer une capitale et y rester: Madrid. Il ira une fois en Angleterre, et 2 ans au Pays-Bas. Après 1548, il ne quittera plus jamais le sol espagnol, et presque plus jamais la Castille, d'où cette image de roi caché.

2) Le gouvernement d'un empire


-Le gouvernement par conseil

Les royaumes d'Espagne à cette époque font état 'une relative modernité dans leur organisation administrative, puisque l'administration espagnole va être organisée autour de 13 conseils spécialisés: un sur les finances, un sur la voirie ... On a une volonté de subdivision du conseil du rio en plusieurs conseils spécialisé dans les quels on met des spécialistes de ces affaires et notamment un corps formé à être des agents de l'état, les Letrados. On a une rationalisation de la gestion de l'empire. Elle est nécessaire si Philippe II ne veut pas quitter la Castille. En France à la même époque on a un seul conseil qui ne fonctionne sur aucune règle particulière, illustrant le décalage entre les deux systèmes.
Au cœur de ce système espagnol, le roi, qui lit toutes les dépêches et est au courant de tout. Autour de lui, le conseil le plus important: le conseil d'état, qui traite des questions internationales. L'Hacienda est le conseil qui gère les impôts, celui de la Suprema, gère l'inquisition (qui n'es tpas une institution pontificale internationale, mais une institution nationale, contrôlée par le roi, qui charge des ecclésiastiques de poursuivre les hérétiques...).
Philippe II à besoin néanmoins de conseils informels, les Juntas, qui lui permettent de contourner les conseils officiels.
Cette organisation signifie un accroissement de la centralisation, surtout en Castille, qui a comme corollaire un relatif recul des instances représentatives. Ces instances représentatives sont les Cortès (cf chap 1, assemblées de représentants).

L'Affaire Antonio Pérez en 1591: Antonio est un ancien conseiller proche de Philippe II, mais il tombe en disgrace et est arrêté et emprisonné à Madrid. Sous la torture, il fait de fausses révélations, et est menacé d'être condamné à mort. Antonio arrive néanmoins à s'échapper de la prison et va se réfugier en Aragon, à Saragos (il est aragonnais, et non castillan), et en apelle à la protection des tribunaux aragonais, car un tribunal mené dans un royaume ne peut l'être dans un autre: les lois ne sont pas les mêmes en castille et en aragon. Les Ocrtés d'aragon vont donc prendre un malin plaisir à défendre antonio Pérez contre Philippe II, en vertu du fait qu'il n'a comi aucun crime en Aragon. Dès lors, le rio ne peut plus rien faire, il n'a pas de pouvoir sur les tribunaux d'aragon comme sur les tribunaux castillans. Il convoque donc la Suprema, qui est le seul tribunal supra national, et sur de faux prétextes, fait déclarer Antonio hérétique par l'inquisition. L'inquisition va donc venir chercher Antonio en Aragon, qui sera libéré par la foule aragonaise.

L'administration espagnole est donc très complexe, et le souverain doit composer avec ce conglomérat. Pour ce uqi relève de la Castille, Philippe II accroit son autorité.

-Les conseillers du roi

Philippe II inaugure un type de gouvernement où il professe par des conseillers proches, des favoris, en plaçant à la cours des gens qu'il peut disgracier à tout moment. Il y a à ce moment à la cours la haute noblesse, qui de naissance à droit de conseiller le roi. Il y a également les conseillers choisis par le roi, qui lui doivent leur carrière, et dépendent intégralement de cette grâce politique que leur donne le roi, qui a tout intérêt à s'appuyer sur eux, car forcément les plus fidèles.
Dans l'organisation de cette cours, les conseillers sont divisés en deux factions: les ébolistes et les albistes. Les ébolistes viennent dans la famille des Eboli, ce sont les modérés, de bons catholiques pour le renforcement du pouvoir du souverain, mais privilégient le dialogue, la conversion par la parole. Ils sont relativement hostiles à la guerre et à des mesures répressives trop dures. Les albistes sont également des catholiques, mais qui encouragent les solutions violentes dans la défense du pouvoir royal et de l'église catholique. Ils encourage l'action militaire aussi bien contre les protestants, que contre les musulmans ou la France.
Le roi parvient à gouverner de façon personnelle tant qu'un parti ne devient pas surpuissant. Il lui faut un certain équilibre pour garder le dessus sur le tout.
Les albistes à partir de 1560 vont tendre à prendre un ascendant décisif sur Philippe II. Leur chef de file sera Fernando Alvarez de Toledo, duc d'Albe 1508-1542. C'est un militaire qui fait une carrière diplomatique. Il représente Philippe II à son mariage avec Elisabeth de Valois et intègre le conseil direct du roi. C'est le défenseur d'une église religieuse intransigeante. Il est à l'origine de l'engagement de Philippe II contre les protestants français et anglais, et va encourager le roi à réprimer très violemment la minorité protestante dans les pays bas espagnols.

-Le choix d'une capitale: Madrid

Jusqu'à Philippe II, la cours des rois d'Espagne est nomade entre différents château, exactement comme la cours de France. Philippe II choisit donc un lieu pour se pauser: Madrid, qui a un double intérêt. Madrid est centrée en Espagne, et est aussi une bourgade. C'est donc un lieu où il n'y a pas de conflits politiques existants. C'est un espace ouvert, plat, où le roi va pouvoir construire sa ville à sa guise.

-Le site royal de Saint-Laurent de l'Escurial

C'est un palais construit de coutes pièces par Philippe II et est un discours politique illustrant la façon dont il conçoit son règne. C'est à la base un palais commandé pour commémorer la victoire de St Quentin de 1555, hors cette victoire a lieu le jour de la St Laurent (d'où le nom). C'est donc un monument à l'honneur de la bataille, mais aussi de St Laurent, un martyr du 4e siècle. C'est un lei saint avec une architecture sainte. A l'intérieur de ce site, Philippe II va tenir un discours à la glorification de sa dynastie. A l'entrée se trouvent deux satues: l'une de Charles Quint, l'autre de Philippe II, portant les noms de David et Salomon, l'un étant le roi guerrier, l'autre le roi juste. Il y a ici un soucis flagrant de sacralisation.
Ce site va être multifonctionnel: Philippe va y installer des moines, ce sera donc un monastère, en plus d'un palais.
Le palais va également devenir la nécropole de la famille régnante.
Enfin, Philippe II crée un palais de gouvernement, à côté de la nécropole, où il peut rester et gouverner. On a donc un lieu d'une sacralité extraordinaire qui témoigne du caractère du pouvoir de Philippe II qui s'inscrit dans un processus de sacralisation de la couronne espagnole.

3) La puissance de l'espagne.

Nécessité de nourrir 8 millions d'habitants avec une économie de subsistance: il n'y a pas de réserves, tout est consommé dans l'année. Le commerce agricole est très limité, et chaque mauvaise récolte en raison du climat ou de la guerre, peut se transformer en crise alimentaire qui elle même peut se transformer en crise de subsistance et en crise démographique. On est dans une société précaire en terme de subsistance alimentaire.

-Le profit colonial

Il marque le règne de Philippe II. L'enrichissement considérable de l'Espagne émane du milieu du négoce qui commerce avec le nouveau monde. Le principe de ce commerce c'est le principe du monopole: seuls les bateaux et commerçants autorisés par le roi d'Espagne peuvent commercer avec le nouveau monde. Il y a situation e monopole d'état sur ce commerce. Concrètement, un seul port permet les départ vers le nouveau monde en Europe: Séville. Tout bateau qui ne passe pas par Séville pour aller aux amériques peut être coulé par la flotte espagnole et ne pas être accueillis par les ports espagnol au nouveau monde. Le roi installe donc une maison du commerce et des échanges à Séville qui sert à lever des taxes sur chaque produit entrant et chaque produit sortant,et pour mieux surveiller tout cela, le commerce atlantique depuis Séville se fait dans le cadre de 2 convois, deux fois par ans: en janvier et en août se rassemblent à Séville les bateaux qui viennent d'Europe entière, organisés en convois qui partent ensemble vers le nouveau monde. Quand il arrivent dans les Antilles, le convois se sépare en deux entre ceux qui vont vers l'Amérique du sud et ceux qui restent dans les Antilles, et une date est donnée pour le rassemblement du convois de retour depuis St Domingue. Revenus à Séville, les marchands s'affranchissent de leurs taxes et repartent. C'est donc un commerce extrêmement régulé.
L'exploitation des mines d'or et d'argent des colonies rapportent également régulièrement des métaux précieux en Espagne. Or l'économie de cette époque se fonde sur les métaux précieux. Cette arrivée est un moyen de renflouer hors organes économiques classiques les caisses de l'état.

-Des dépenses considérables

Les dépenses de l'état espagnol sont colossales. L'administration, la vie de cours et l'armée sont extraordinairement couteux. L'armée est effectivement présente en Espagne et en Flandre, sans compter la flotte. On a donc un royaume en crise financière chronique. Le royaume connaîtra 3 crises financières: 1557, 1575, 1597.
Ceci sera une faiblesse structurelle du royaume.




II. Les ambitions d'un roi catholique

1) Les questions religieuses internes

-Lutte contre les protestants

L'Espagne connait des groupuscules luthériens et calvinistes, comme le reste de l'Europe, mais a à sa disposition le tribunal de la suprême inquisition qui dispose de forces militaires de maintien de l'ordre et spécialisées sur les questions religieuses. Sous Philippe II, on a des séries d'autodafés, mouvement spectaculaires à partir de 1559 jusqu'à 1569 . Ce sont des exécutions publiques menées par l'inquisition et on organise d'immenses fêtes sur les places publiques où l'on va bruler les condamnés à mort et les ouvrages hérétiques. C'est donc une manifestation publique de la destruction de l'hérésie qu'elle soit humaine ou matérielle. L'inquisition fait si bien son travail qu'il n'y aura pas de protestantisme en Espagne...

-Le particularisme religieux espagnol

L'Espagne a connu l'occupation musulmane et est donc un espace où il y a eu mixité religieuse depuis le haut moyen âge, sous une certaine tolérance. La première communauté non catholique en Espagne est la communauté juive. En théorie, il n'y en a plus depuis 1492, puisqu'avec la prise de grenade, l'expulsion de tous les juifs à été décrétée. Nombre de juifs ont fait le choix de se convertir du christianisme. On les appellera les conversos. Ils formeront une communauté particulière et conserveront dans leur christianisme plus ou moins assimilé des traits du judaïsme et vont se démarquer par leur habillement, leurs moeurs, leurs relations avec les juifs d'europe... L'inquisition va donc les soupçonner de mauvaise pratique du christianisme. Cette communauté sera donc particulièrement opprimée.
La deuxième communauté religieuse d'Espagne est les morisques, qui sont les habitants musulmans d'Espagne qui après 1492 ont été contraints à la conversion ou à l'exile. Ils sont très nombreux dans le sud de l'Espagne. Sous Charles Quint, on a des séries de décisions très dures à leur encontre, qui imposent la conversion. Une partie s'en va mais la majorité se convertit. C'est à partir de ce moment qu'on les appelle les morisques. Le processus va être exactement le mêle que pour les conversos: certains d'entre eux vont continuer de pratiquer leur religion clandestinement, ou, au moins, continuer de vivre dans leur culture par la langue, les mœurs, l'habillement, les mariages...
On a donc au sein de l'Espagne deux communautés en théorie chrétiennes, mais converties de force, et pour les quels la conversion forcée n'a pas marché et ne les a pas assimilés comme de bons espagnols bien catholiques.
On a donc un troisième groupe, qui n'appartiennent pas aux deux autres groupes, descendent de plusieurs générations de chrétiens. On a là l'idée de pureté de sang non souillé par du sang juif ou chrétien. On va donc avoir toute une idéologie obsessionnelle par rapport à la pureté du sang et le refus du sang mêlé. Pour accéder à telle charge, telle corporation de métiers, on va donc demander aux chrétiens de prouver leur pureté de sang. Une enquête de pureté de sang est systématiquement faite pour accéder à toutes les charges, l'enquête devant être refaite pour chaque changement de charge. Un espagnol de l'époque subit en moyenne 5 enquêtes de pureté de sang, où un seul résultat négatif fermerait toutes les portes à la personne.

-Une politique répressive


Au début du règne de Philippe II, les autorités politiques et religieuses prennent acte de l'échec des conversions forcées. Les morisques restent une communauté religieuse mal intégrée pratiquant un culte clandestin. A partir de 1560-1561 on a donc un regain de la part du pouvoir central et de l'inquisition créant des peurs réciproques qui vont s'accroitre. La pression ottomane en méditerranée occidentale font craindre que les morisque ne tienne lieu de 5e colonne ottomane et permettent l'invasion de l'Espagne. En 1566, le port d'arme est interdit à tous les morisques, l'arabe est interdit à la communication, l'habit traditionnel est également interdit. Cela aboutit peu à peu à une révolte à noël 1568, où les morisque se rebellent dans le sud de l'espagne. C'est la révolte des Alpujarras, qui rassemble plus de 150k homme, soit plus de la moitié des hommes capables de prendre les armes. Cette révolte durera 3 ans et finit par être réprimée par le grand chef de guerre de Philippe II, Dom Juan d'autriche, son demi frère, au terme de combats très sanglants.
La relative réussite de la révolte et la difficulté de la répression font que le climat social reste tendu. Pour éviter de nouvelles révoltes, Philippe II décide de disperser les morisques dans l'ensemble de la Castille. Il va donc ordonner des déplacements de population massifs. Ils sont non seulement éparpillés mais arrivent dans des zones très hostiles. On voit un convois de 50k morisques qui vont devoir traverser à pied toute la Castille en plein hiver en passant par des villages qui refuseront de les nourrir. Ce déplacement tuera le tiers du convoi.
Le coeur restera le sud de l'Espagne, jusqu'à ce que le successeur de Philippe II ordonne l'expulsion pure et simple de tous les morisques.

2) Repousser les Turcs

  1. -La défense de la méditerranée occidentale

    La question de la défense de la méditerranée occidentale face aux incursions répétées de la flotte Turc. A ce sujet, Philippe II conserve la tradition de son père, de s'opposer aux turcs. Dès le début de son règne, il va accroitre le nombre de galères espagnols présentes dans le bassin occidental de la méditerranée. Il considère le royaume de Naples comme à cheval et en faire une base navale face aux barbaresques.
    Peu à peu, les ottomans orientent leurs entreprises militaires contre l'occident chrétien à partir de 1560. Une partie de la flotte espagnole est coulée à Naples par la flotte ottomane.
    1565: Les turcs attaquent Malte.
    1570: les turcs attaquent Chypre, qui appartient à Venise, et mette une année à s'en emparer.
    Cela témoigne de la pression militaire et navale que fait peser l'empire ottoman.

    -Une croisade

    Elle est prêchée à partir de 1570 par Pie V. La diplomatie pontificale réussi à accorder Venise et l'Espagne sur l'organisation de cette croisade. Ces deux puissances sont intéressées par cette croisade: Venise possède plus de terres en méditerranée orientale, et à donc intérêt à ce que l'Europe se coalise contre les Turcs. Les Espagnols eux aussi trouvent un intérêt, afin d'assoir leur puissance sur le bassin méditerranéen.
    En 1570, tous trois s'accordent sur la mise en place d'une croisade composée de 200 galères, 50k hommes (surtout des espagnols),
    Le choix est fait d'aller à la rencontre de la flotte turque en méditerranée orientale, elle se fait en 1571 dans le golfe de Lépante, le 7 octobre 1571, à l'issu de quoi, les chrétiens se considèrent comme vainqueurs. Cette victoire est remarquable, c'est la première contre les Turcs, on va en parler partout. Tout un mythe va se mettre en place autour de cette victoire que le pape conférera à la vierge. La mémoire de Lépante va dès lors alimenter l'imaginaire catholique. Une mosaïque représente cette bataille dans la basilique de Fourvière., témoignant de la mémoire de cette bataille: la basilique a été construite 3 ans après.
    Toutes fois, cette bataille est sans lendemain. Pie V meurt quelques semaines après la victoire, et la diplomatie pontificale perd le contrôle des protagonistes qui retombent dans le désaccord. L'incidence politique et militaire est très faible, mais la flotte turque ne reviendra jamais en méditerranée occidentale.

    Nous avons donc un roi catholique qui cherche à renouer avec la tradition de la croisade et la lutte contre l'infidèle.

    3-L'opposition à l'Angleterre


    -L'Angleterre d'Élisabeth Iere (1533-1558-1603)

    Petit royaume de 4 millions d'habitants, de second ordre sur le plan des relations internationales. Malgré tout, en terme d'intervention politique sur le théâtre européens, le règne d'Élisabeth 1ere va être charnière.
    L'Angleterre avait fait le choix de rompre avec Rome, et de créer une religion originale appelée l'anglicanisme. C'est un intermédiaire entre l'église catholique et l'église calviniste. Tel qu'il va se dessiner, il s'agira d'une religion à dominante protestante, mais conserve toute la forme de l'église catholique, l'apparat. Marie Tudor voulait rompre avec l'anglicanisme, tandis qu'Élisabeth va le raviver, et achever son organisation. Elle fait le choix d'une rupture avec le pape. Mais en plus de cela, elle va dans sa diplomatie soutenir les soulèvements protestants sur le continent, en France, dans le St Empire, dans les Pays Bas espagnols. L'Angleterre soutient systématiquement les révoltés financièrement et militairement. Elle se trouve donc sur une ligne diplomatique d'hostilité vis à vis du pape.

    -Soutien aux complots catholiques

    Philippe II voit donc en elle son adversaire légitime, et s'attaquer à cette reine qu'il considère comme l'incarnation de Satan.
    Il va d'abord soutenir toute une série de complots à la cour d'Élisabeth, et soutenir des révoltes en Écosse et en Irlande, afin d'entretenir une instabilité militaire sur les marches du territoire anglais. Lors d'un soulèvement écossais en 1561, elle s'en sort, mais est défaite en 1594 en Irlande.
    Philippe II va également chercher à supprimer Élisabeth et à remplacer ''la reine vierge'' par sa cousine la plus proche: Marie Stuart, reine d'Écosse, et catholique. Par la présence des ambassadeurs, Philippe II va soutenir tous les complots de la cour: 1 complot/an.
    Élisabeth fait arrêter Marie Stuart afin de la surveiller. Son nom ressurgit à chaque complot, et Marie Stuart est sans cesse menacée de la condamnation à mort, jusqu'en 1587, où elle est exécutée. L'horreur de sa décapitation mal faite (3 essais), et le fratricide d'Élisabeth va être utilisé par la propagande de Philippe II.

    -Le contrôle de l'océan atlantique


    Pour l'Espagne, son contrôle est vital pour deux raisons: les Pays Bas sont entrain de se révolter, et les deux routes possibles pour y envoyer des troupes sont les alpes, ou la mer. La voie maritime est donc stratégique et nécessaire pour l'Espagne; le contrôle de l'atlantique est indispensable aux espagnols pour assurer leur trafic colonial.

    L'Angleterre va intervenir en 1568: 5 navires espagnols partent du nord de l'Espagne avec quelques soldats et la solde des armées du nord. La flotte est poursuivie par les corsaires français. Les espagnols se réfugient dans un port anglais pour leur échapper, ce qui était jusqu'alors autorisé. En 1568, au nom du soutien à la révolte du Pays bas, Élisabeth II confisque les bateaux et leur cargaison. Il y a donc vol de biens, de capitaux, et interférence dans la gestion des armées espagnoles. C'est une réelle déclaration de guerre.

    Francis Drake, 1540-1596, entrepreneur de guerre, corsaire, héros britannique encore à l'heure actuelle, va recevoir des lettres de créance qui feront de lui un capitaine au service de la reine d'Angleterre, lui donnant le pouvoir d'intervenir contre les navires espagnols. Il va accomplir des miracles...
    En 1572, il réussit à capturer l'ensemble du convoi d'or qui débouche à Panama, et vole donc 1 année entière de production espagnole en Amérique du sud, et les rapporte en Angleterre.
    En 1577, il part avec pour objectif de faire le tours du monde, en pillant systématiquement les ports espagnols rencontrés sur son chemin. Il accomplit un exploit maritime et militaire en rentrant sans encombre de son tours du monde.

    -Projets de Philippe II

    L'ambition de Philippe II à partir de 1580, est de débarquer et d'envahir l'Angleterre, avec pour projet, à la base, de libérer Marie Stuart et de la mettre au pouvoir.
    En 1585, l'Angleterre envoie des troupes combattre aux côtés des insurgés protestants aux Pays bas.
    Philippe II va alors annoncer qu'il envoie une flotte capable de débarquer et d'envahir l'Angleterre, appelée l'invincible armada.
    En 1588, il réussit à réunir 130 bateaux de guerre, capables de traverser le golfe de Gascogne, chargés de 19k soldats, qui a pour projet de récupérer une partie de l'armée du nord pour arriver à 40-50k en Angleterre.
    Au début de l'armée 1588, la flotte espagnole part de Séville, et arrive au large de Calais le 7 aout 1588.
    Les anglais se voient donc opposés en nombre et en armes, sur terre, et sur mer. Leur stratégie est donc celle du harcellement. Ne pouvant attaquer de front, ils vont construire de plus petits bateaux, plus maniables, avec une artillerie légère de plus longue portée. Avec cette flotte inférieure en puissance, les anglais vont les harceler systématiquement. L'escadre espagnole n'était pas du tout préparée à ça, sans compter que les anglais connaissent les lieu et la météo à la différence des espagnols. Les anglais retiennent les espagnols assez longtemps pour arriver à faire jouer la météo très difficile en leur faveur. La flotte espagnole se disperse, et le tiers restant se retrouve au large de l'Irlande. C'est un échec complet lié à la météo, à l'inexpérience des espagnols, et au choix tactique des anglais.
    Philippe II tentera une deuxième entreprise de la sorte en 1597, en vain.


    4- Interventionnisme en France

    La France à partir de 1560 est dans un contexte de guerres de religions, qui durent de 1562 à 1598, qui opposent catholiques et protestants. Au cours de ces guerres, Philippe II va chercher à intervenir pour soutenir les catholiques. Il a un intérêt religieux donc, mais aussi stratégique, car temps que les français se battent entre eux, ils ne se battent pas contre l'Espagne.
    Dans le cadre des guerres de religions entre 1562 et 1589, se succèdent Charles IX et Henri III, qui sont deux catholiques, soutenus à chaque fois par Philippe II. On voit des armées espagnoles qui franchissent les Pyrénées pour combattre aux côtés des troupes royales.
    En Juin 1565, à l'entrevue de Bayonne, se négocie une aide éventuelle que l'epsagne peut apporter dans le cadre des conflits religieux. Les espagnols insistent pour le maintien d'une ligne dure, favorisant peut-être le massacre de la St Barthélémy et la création d'une alliance secrète catholique internationale.
    En 1589, Henri III meurt, et Henri IV monte sur le trône... il est protestant. Une partie du royaume s'oppose à Henri IV, ce sera la Ligue des Catholiques. Dans ce nouveau contexte, Philippe II cesse de soutenir le roi au profit des révoltés catholiques, qui ne reconnaissent pas leur roi. Philippe II va proposer la succession de sa fille, fille d'Élisabeth de Valois et peut prétendre au trône de France, mais la loi salique s'y oppose, que Philippe II veut abroger. Les catholiques, opposés à un roi protestant, le sont encore plus à une reine espagnole. Le problème semble trouver une solution lorsque Henri IV se convertit en 1593, amorçant la fin de la guerre. Philippe II ne le soutiendra pas pour autant, et Henri IV lui déclarera la guerre en 1595, qui se conclue le 2 mai 1598 par la Paix de Verdun. Cette paix est l'aboutissement logique de l'ingérence espagnole dans les affaires françaises.
    Philippe II échoue: d'une France qu'il espérait contrôler, il va arriver à une France apaisée qui va se reconstruire indépendamment en restant son adversaire.


    III. La conservation du territoire



    1-La question de la succession portugaise

    -Situation du royaume du Portugal

    C'est un petit royaume par la taille, la population (1million hab), mais aussi un grand royaume par son expansion coloniale et maritime. Le Portugal connait un âge d'or du milieu du 15e au 16e siècle. Au milieu du 16e siècle, son dynamisme s'essouffle, lié à la concurrence commerciale des autres états, et de la crise politique.
    Le Portugal est par ailleurs gouverné au début du 16e par deux souverains: Manuels 1er (1495-1521), Jean II (1522-1557), de la famille des Avis. Le gouvernement est assez proche du système espagnol, avec des Cortès et des conseils.
    On a une fièvre religieuse assez forte: éradication des protestants via l'inquisition, contrôle des juifs convertis, discours religieux extrêmes, prophétique, annonçant l'arrivée d'un roi qui rétablirait l'harmonie du monde et porter le royaume au sommet de la hiérarchie des états.
    Jean III meurt, son fils lui succède, et donne naissance en 1554, à Sébastien, qui, à la mort de son père, et le dernier héritier de la dynastie. Sébastien apparaît comme l'enfant du miracle, et devient Sébastien II du Portugal, vu comme l'ultime espoir de la famille des Avis. Autour de lui vont se cristalliser toutes les attentes prophétiques du roi caché. On va donc en faire le roi en puissance qui va assoir la puissance du royaume. Il monte sur le trône en 1557, en succédant à son grand père (jean III meurt à 17 ans). Il est déclaré majeur à 14 ans, en 1558. Sébastien II, dans le contexte prophétique qui entoure son accès à la couronne, se prend au sérieux et projette de partir en croisade...
    Jérusalem étant éloigné du Portugal, il envisage de partir pour le Maroc. Il conçoit son entreprise dès 1570. En 1576, il demande à Philippe II de se lancer avec lui, mais il refuse et obtient dans le même temps le soutien du Pape. Il lève donc une armée de 20k hommes, fortement composée de nobles, croyant tous aux prophéties, et en juin 1578, ils s'embarquent à Lisbonne et débarquent au Maroc en juillet.
    La stratégie du chef de guerre marocain, Abdel Malek, est d'éviter la confrontation immédiate, face à des portugais nombreux et bien équipés. Les portugais vont donc s'enfoncer dans le Maroc et le Sahara... La bataille à lieu le 4 aout 1578, et l'armée portugaise est défaite. Sur les 20k de départ, 8k restent sur le champ de bataille dont le roi lui-même, à 24 ans, sans s'être marié ni avoir eu d'héritier. Chose surprenante: personne ne retrouvera jamais son corps.
    On a dès lors une crise de succession, la dynastie en ligne directe des Avis est éteinte, et seul reste un grand oncle, le cardinal Henri, qui reçoit la régence, mais du fait de ses fonctions ne peut régner définitivement. Il aurait dû choisir l'héritier mais meurt en 1580 sans désigner l'héritier.

    -Le conflit pour le trône

    Il va opposer trois prétendants:

    Antonio prieur de Crato (1531-1595), lui-même parti en croisade, mais rentré sauf. Il est de sang royal, et descend d'un oncle de Sébastien, mais c'est un fils illégitime, mais contenu du contexte, peut prétendre à la succession, et est soutenu par le petit peuple et le bas clergé.

    Catherine de Bragance, petite fille de Manuel Ier, seule descendante légitime par les hommes, et à un fils, mais il est retenu en otage à Madrid. Membre de l'expédition de Sébastien, il a été fait prisonnier et réduit à l'esclavage, racheté par Philippe II qui lui a rendu sa liberté mais le garde prisonnier.

    Philippe II, le candidat le plus sérieux, petit fils de Manuel, mais il est roi d'Espagne, ce que les portugais voient de très mauvais œil, tenant à leur identité.

    Dès l'annonce du cardinal Henri, Philippe II envoie une armée à Lisbonne avec l'ambition affichée de récupérer l'héritage de son grand père.
    Antonio lui, va aux Cortès et se fait acclamer roi par eux et par le peuple de Lisbonne. Il n'a hélas pas les moyens militaire pour faire face aux espagnols lorsqu'ils arrivent.
    En octobre 1580, il est obligé de s'exiler pour éviter d'être capturé.

    La présence militaire espagnole permet de mater la révolte d'Antonio et de mettre Philippe II sur le trône.

    Catherine de Bragance renonce à la lutte, mais c'est sa famille qui attisera la révolte et l'indépendance en 1640.

    En fin de comptes, l'accession au trône de Philippe II finit par satisfaire tout le monde. Les temps étant à ce moment assez durs, la puissance du roi d'Espagne est acceptée par tous.
    Philippe II lui même, sensible à cela, viendra au Portugal et y règnera physiquement pendant 2 ans.

    Antonio, avec le soutien de la France et de l'Angleterre tente deux débarquements dont un en 1589, qui se soldent pas un échec.

    Demeure le paramètre de Sébastien II, qui va revenir sous l'aspect d'un fantôme... Dans la société portugaise ultra mystique, la prophétie du roi caché est très en vogue.
    Philippe II prétendra avoir racheté la dépouille de Sébastien II qu'il fera revenir à Lisbonne. Personne n'y croira.
    Entre 1584 et 1603, se suivront des séries d'apparitions de faux Sébastien, où de manière régulière, des révoltes vont s'attiser autour de chefs se prétendant être Sébastien II. Toutes ces révoltes seront matées. Une fois la situation stabilisée, Philippe II rentrera à Madrid et les Cortès portugais gouverneront sous l'autorité du roi d'Espagne.




    2- La sécession des Provinces Unies

    -Les Pays Bas espagnols

    Ils relèvent de l'héritage bourguignon de Charles Quint, transmis à Philippe II. C'est un territoire de 17 provinces au fonctionnement original.
    L'organisation politique se fait à trois niveaux:

    Les villes, quasiment autonomes, ont des corps municipaux organisés, puissants et riches. Elles sont gouvernées par des oligarchies locales auxquelles sont laissés les pouvoirs.

    On a donc une tradition régionale qui repose sur la représentation politique, passant par les élites économiques de ces territoires.

    Ces Pays Bas sont intégrés au royaume d'Espagne dès 1455. Philippe II va installer son représentant permanent à Bruxelles, en tant que gouverneur des Pays Bas, et fonder un conseil d'état mêlant espagnols et néerlandais pour gérer complètement c'est région. Le problème est que Philippe II entend que le pouvoir du gouverneur domine tous les autres, et cherche à centraliser le pouvoir de ses représentants, alors qu'en face, les pouvoirs locaux cherche,t à défendre leur particularisme.

    -La question des oppositions religieuses



[suite à venir]

Cours Magistral donné à Lyon III par P. Souriac, pris en note, rédigé et commenté par K. Roche.

Publié dans Histoire Moderne

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